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Lebel10001  Germaine Lebel

 

« … ces années de travail souvent assez aride … »

 

 

Chartiste, archiviste paléographe, historienne, Germaine Lebel est la première femme titulaire du diplôme de la sixième section de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes. Elle l’obtient à l’âge de 46 ans, alors qu’elle est depuis 1948, conservateur en chef à la Bibliothèque Nationale d’Alger, après avoir acquis une grande expérience dans plusieurs bibliothèques universitaires et franchi toutes les étapes de la carrière.

Sa thèse de doctorat de l’Ecole Nationale des Chartes, soutenue en 1935, la conduit à établir un catalogue de 2 000 actes de l’abbaye de Saint-Denis et de ses prieurés et à rédiger une étude historique de l’activité économique de cette même abbaye, publiés ultérieurement.

Germaine Lebel présentera, quelque temps plus tard, un long et « aride » travail de recherche et d’écriture, réalisé dans les archives et les bibliothèques en Roumanie, et achevé en Algérie, en vue du diplôme de l’EPHE, publié aux PUF en 1955 dans la série des Publications de la Faculté des lettres d’Alger sous le titre La France et les principautés danubiennes (du XVIè siècle à la chute de Napoléon). Par la suite, le parcours professionnel de Germaine Lebel prend un nouveau tour. Elle est en effet nommée Directeur d’Etudes, sur proposition de Fernand Braudel au Ministre de l’Education nationale, en 1962, « pour être affectée à la Maison des sciences de l’homme », où elle devient responsable pendant quatre ans de la bibliothèque-documentation. A sa demande, elle est déchargée de cette responsabilité en 1966, et se consacre dorénavant à l’enseignement, donne un séminaire à l’EPHE et dirige plusieurs diplômes.

1952, Diplôme de la sixième section de l’EPHE « La France et les principautés danubiennes du XVIe siècle à la chute de Napoléon Ier» sous la direction de Fernand Braudel

 

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(Photo d’archives-droits réservés)

  Luce Irigaray

 

« Vivre, Penser, Ecrire »

Titulaire d’une thèse en philosophie et lettres de l’Université de Louvain, Luce Irigaray vient en France, entreprend une formation de psychanalyste et prépare une thèse de 3ème cycle à l’EPHE. Elue au CNRS, elle soutient une thèse d’Etat, Speculum. De l’autre femme, à l’université de Vincennes, en 1974, sous la direction de François Châtelet, ouvrage publié aux éditions de Minuit. La soutenance, à l’époque, fut « un événement » et le succès en librairie « énorme ». Mais, dit-elle, « je l’ai payé très cher; j‘ai été expulsée de mon enseignement et de l’Ecole psychanalytique », car « on ne change pas l’histoire sans payer ». C’est à l’étranger qu’elle reçoit consécrations et distinctions : elle a occupé la chaire d’un prix Nobel à l’Université de Rotterdam et reçu quatre doctorats honoris causa. Pour expliquer son absence des médias et du monde académique français, elle cite cette phrase d’un philosophe : « il faut parfois interpréter l’importance de son travail dans la résistance qu’il provoque ». Chaque année, pendant une semaine, elle tient un séminaire pour des étudiants, venus du monde entier, qui font leur PhD sur son œuvre. Pour elle, « être une femme, ne peut se limiter à une appartenance biologique, cela exige de se transcender jusqu’à devenir culturellement et spirituellement la femme qu’on est pour accomplir son individuation pour soi-même et pour les autres ».

1968, Thèse « Approche psycholinguistique du langage des déments », sous la direction de François Bresson.

 

 

Vianen, 12-4-2014. Nederlandse Coeliaki Dag. Jacqueline Wesselius. foto Peter Elenbaas

Vianen, 12-4-2014.
Nederlandse Coeliaki Dag.
Jacqueline Wesselius.
foto Peter Elenbaas

  Jacqueline Wesselius

 

 

« Journaliste une fois, journaliste toujours. »

 

 

 

Venue des Pays-Bas, Jacqueline Wesselius obtient une licence en psychologie à la Sorbonne en 1965, et intègre l’Enseignement préparatoire à la recherche approfondie en sciences sociales (EPRASS), créé en 1967 à l’EPHE, où elle suit notamment les enseignements de Pierre Gréco et de Gérard Lemaine. Les « séminaires traitaient des recherches en cours, moins de la science du passé », et, ajoute-t-elle, elle a « rarement appris autant de choses, avec autant de plaisir ». Parallèlement à sa formation et à son travail en psychologie sociale notamment avec Claudine Herzlich, elle commence une carrière de journaliste et finit comme correspondante du grand quotidien de Volkskrant. Journaliste freelance pendant de longues années, elle écrit tant pour la presse française que néerlandaise, et, décelant un intérêt français pour le modèle social néerlandais, elle rédige avec son mari un livre sur la législation sociale aux Pays-Bas. Sa formation à l’EPRASS a forgé chez elle une intuition pour repérer, au fil de ses rencontres, ceux et celles formé(e)s à l’Ecole. Si Jacqueline Wesselius, qui vit et écrit à Amsterdam, n’a plus guère de contacts avec l’Ecole, hormis « un lien affectif », elle a cependant observé que l’Ecole « s’est beaucoup internationalisée », alors que lorsqu’elle était étudiante, c’était « assez petit, intime même ».

1968, DEA, EPRASS

 

Julia Kristeva (c) Maurice Rougemont 03.2015-2

(Photo Maurice Rougemont)

  Julia Kristeva

 

« Lors de la soutenance, j’ai fait un acte parricide »

 

 

 

Pendant un parcours scolaire d’excellence, Julia Kristeva apprend le français, et s’inscrit en philologie romane et littérature comparée à l’université de Sofia, faute de « faire des études d’astronomie et d’astrophysique », parce que ses parents n’étaient pas membres du parti communiste bulgare. En doctorat sur le Nouveau Roman à l’Académie des Sciences de Bulgarie, elle obtient une bourse du gouvernement français et arrive à l’aéroport du Bourget, avec 5 dollars en poche. A Paris, elle rencontre Tzvetan Todorov qui l’engage à s’inscrire aux Hautes Etudes, où elle suit les séminaires de Roland Barthes et de Gérard Genette qui l’introduit au groupe Tel Quel. Pendant la soutenance en 1968, elle dit s’être « comportée comme une révoltée », face à un Lucien Goldmann, réticent envers la psychanalyse, et « décomposé, car j’étais sa fille ». En 1974, à l’université de Vincennes, elle soutient une thèse d’état, intitulée « La révolution du langage poétique », sous la direction de Jean-Claude Chevalier. Elle crée avec Antoine Compagnon et Eric Vigne le Centre Roland Barthes à l’Université de Paris 7 où elle enseigne depuis 1972. Polyphonie, flexibilité sont ses mots pour dire l’agencement de ses multiples activités, sa pluridisciplinarité en actes, sa constante traversée des frontières mentales et géographiques. Elle « se voyage ».

1968, thèse, « Le texte du roman. Approche sémiologique d’une structure discursive transformationnelle », sous la direction de Lucien Goldmann.

 

 

PPGS - Profa. Silke Weber

(Photo personnelle)

Silke Weber

 

« Le rôle de l’éducation est essentiel pour le développement de la démocratie »

 

         Venue de Recife, capitale de l’Etat du Pernambouc au Brésil, où elle avait suivi des études en psychologie sociale et en éducation, Silke Weber intègre en 1966 la direction d’études de Paul-Henry Chombart de Lauwe, au sein d’un groupe international d’étudiants qui constituera plus tard un fidèle réseau d’amis. Elle y prépare un doctorat sur les aspirations à l’éducation au Brésil dans une période où le pays comptait un nombre très important d’analphabètes avec un accès très restreint à l’éducation. Elle soutient sa thèse en 1972, thèse qui sera publiée aux Editions du Cnrs (1976). Revenue à Recife, elle enseigne à l’université comme professeure, y dirigera une cinquantaine de thèses et masters, tout en développant une carrière internationale. Lorsque Miguel Arraes, membre de la Gauche démocratique, est élu une nouvelle fois Gouverneur du Pernambouc dans la décennie 1990, elle devient ministre de l’Education de cet Etat. Elle peut alors mettre en œuvre ses conceptions démocratiques de politique publique éducative, mettant l’accent sur la gestion partagée entre l’Etat et les municipalités, sur la formation des instituteurs et leur valorisation, sur l’importance du processus d’apprentissage des élèves. Depuis 2007, Silke Weber est professeure émérite. Elle conserve un vif souvenir de l’Ecole où elle s’est initiée à son métier de chercheuse.

1972, thèse de doctorat : « Aspirations à l’Éducation dans une ville du nord-est brésilien. » sous la direction de M. Chombart de Lauwe

 

 

2015.05 Alumnae Chantal Thomas 14  Chantal Thomas

 

« L’écriture du plaisir, plaisir de l’écriture »

 

Après une licence en philosophie à Bordeaux, puis un DESS d’esthétique à Aix-en-Provence, Chantal Thomas « apprend par un ami que Roland Barthes écrivait sur Sade », et lui téléphone pour s’inscrire en doctorat. « R. Barthes n’a pas répondu comme un professeur, mais de manière merveilleusement intuitive, comme un complice vers l’écriture ». Son séminaire « était un montage mystérieux entre mots et silence vers l’élaboration d’un livre », dans « un espace singulier, rue de Tournon ; l’institution, c’était ce lieu-là ». Après un « vagabondage » aux Etats-Unis, Chantal Thomas, élue au CNRS, intègre le Centre de Littérature, idéologies, représentations XVIII-XIX siècles à Lyon. En 1991, elle soutient une thèse d’Etat sur « Le personnage de Marie-Antoinette dans les pamphlets », sous la direction de Pierre Rétat. Ce travail « fut un déclic inattendu vers l’imagination, et un tournant vers le roman ». Explorant tous les genres littéraires, Chantal Thomas s’attache à sortir de l’ombre des figures de femmes ou d’enfants, des oubliés de l’Histoire, à partir « d’une trame affective, et les archives la font rebondir ». Lauréate du prix Femina en 2002 pour Les Adieux à la Reine, elle reçoit en 2014 le prix de l’essai de l’Académie française et le prix Roger-Caillois. Son dernier livre, Pour Roland Barthes, est « un exercice d’admiration et de reconnaissance ».

1976, Thèse « L’œil de la lettre. Contribution à une analyse textuelle de l’œuvre de Sade » », sous la direction de Roland Barthes.

 

2015.04 Alumnae Susan George (13)  Susan George

 

« Scholar Activist »

 

Diplômée du Smith College aux USA, et après dix années consacrées à ses enfants, Susan George fait une licence de philosophie à la Sorbonne (1967), puis après la publication de son premier livre Comment Meurt l’Autre Moitié du Monde, elle soutient un doctorat à l’EHESS, pour se doter d’une légitimité face à ses adversaires idéologiques. Elle est présidente du Transnational Institute à Amsterdam et présidente d’honneur d’Attac France. Dans ses 17 ouvrages et ses conférences, elle ne cesse de traquer « les fils du pouvoir, en examinant ceux qui oppriment et augmentent leur profit alors que d’autres crèvent de faim ». Contre la tendance française à la théorie, Susan George part « de faits vérifiables, d’une accumulation empirique, d’où l’on peut parfois arriver à une théorie ». Inlassable militante, il lui importe d’« écrire et de parler de façon très compréhensible, pour être en phase avec un public de partout ». « Grâce à un père exceptionnel et huit années d’études dans des établissements féminins », elle a toujours eu l’impression « que les femmes pouvaient accomplir dans la vie à peu près ce qu’elles voulaient, quitte à travailler plus que les hommes ». Son combat actuel: s’opposer au traité transatlantique de libre-échange. Son dernier livre : Les Usurpateurs : Comment les entreprises transnationales prennent le pouvoir au Seuil.

1978, thèse « Stratégies d’intervention des pays industrialisés dans les systèmes alimentaires des pays périphériques », sous la direction d’Anouar Abdel-Malek

 

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(Photo Christophe Abramowitz/ Radio France)

  Laure Adler

 

« Je me sens une enfant de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes.»

 

Historienne, écrivaine, éditrice, journaliste littéraire, conseillère à la culture sous la présidence de François Mitterrand, animatrice à la télévision du «Cercle de Minuit» et de « Permis de penser », directrice de France Culture, enseignante, Laure Adler a tissé un maillage professionnel très dense. Celui-ci s’éclaire lorsqu’elle souligne « Je suis une fille du métissage des savoirs disciplinaires, et cela je le dois à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes ». Laure Adler a vécu son enfance et son adolescence en Afrique, vient ensuite à Clermont-Ferrand puis à Paris, étudie le droit, soutient une maîtrise en philosophie à la Sorbonne. Cependant, elle cherche une « nourriture » et une « discipline » intellectuelles et un « maître » qu’elle trouve en la personne de Jacques Ozouf. « On avait l’impression d’approcher la recherche dans un dialogue constant avec les étudiants (…), et moi petite étudiante, j’avais des supérieurs hiérarchiques qui étaient des protecteurs intellectuels». L’école c’était aussi une manière de vivre, une manière d’écrire, et un lieu, la bibliothèque du 54 boulevard Raspail ; « quand je vois qu’elle est en travaux, j’ai hâte qu’elle ré-ouvre parce que c’est quand même un peu ma maison, cette bibliothèque ».

1978, Thèse « L’avènement de la parole des femmes : la presse des femmes 1830-1850 » sous la direction de Jean-Paul Aron

 

 

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(Photo personnelle)

  Catherine Bertho-Lavenir

 

 

« Fidèle aux sources, se donner des outils pour comprendre et tracer de nouveaux chemins».

 

 

Après des études et la soutenance d’une thèse à l’Ecole des Chartes, devenue conservatrice aux Archives nationales, Catherine Bertho-Lavenir s’inscrit en thèse à l’Ecole en 1973, suit les séminaires de Nathan Wachtel et fréquente les séminaires d’ethnologie. Après son doctorat, elle publie son premier article dans Actes de la Recherche, bénéficiant de la générosité intellectuelle de l’équipe de Pierre Bourdieu. Elle est chargée de conférences à l’EHESS sur l’ethnographie de la France pendant une dizaine d’années, tout en ayant la charge des archives des PTT. Elle publie un ouvrage de référence sur l’histoire des télécommunications et devient maître de conférences au CNAM dans l’équipe de J.-J. Salomon, puis professeure d’histoire contemporaine à l’Université de Clermont-Ferrand. Elle intègre ensuite l’université Paris 3 (département Médiation culturelle) avant de devenir  vice-présidente de cet établissement. Après un passage à l’université de Montréal et à l’université du Bauhaus à Weimar, elle est nommée, en 2013, rectrice de l’académie de Martinique.

L’EHESS a été, pour elle, un espace d’épanouissement intellectuel sans égal, offrant une totale liberté de recherche et favorisant des rencontres décisives. L’école lui a apporté une aisance face à l’analyse des faits qu’elle a pu valoriser dans les différentes étapes de sa carrière et jusqu’à sa fonction actuelle.

1979, Thèse en anthropologie historique sur La naissance des stéréotypes régionaux en Bretagne, XIXe-XXe siècle, sous la direction de Maurice Agulhon

 

 

Françoise Parent-Lardeur

« L’étude et la recherche ont été les sources de mon épanouissement »

Françoise Parent-Lardeur a eu un parcours dans la plus pure tradition de l’Ecole pratique des hautes études qui avait été conçue pour former des chercheurs indépendamment des diplômes, sur la base d’une « aptitude à la recherche ». Recrutée en 1959 comme secrétaire dans le laboratoire de Chombart de Lauwe, elle utilise ses temps libres pour préparer un diplôme de l’Ecole sur la naissance des employées de grand magasin. Diplômée en 1963, elle est nommée chef de travaux dans le même laboratoire et est chargée d’encadrer les nombreux étudiants de la direction d’études. Elle s’inscrit alors en thèse qu’elle soutient en 1979 sur les cabinets de lecture sous la Restauration : elle y montre l’importance de ces « boutiques à lire » pour faire accéder les classes populaires et moyennes à la lecture des journaux et de la littérature. Deux livres seront tirés de cette thèse dont l’un sera primé par l’Académie française. Elue maître assistante, elle intègre alors le Centre de recherche historique où elle poursuit ses travaux sur le marché du livre et développe une carrière internationale. Retraitée en 1987, et infatigable jusqu’à la fin de sa vie, elle s’engage alors dans l’alphabétisation et le soutien scolaire aux jeunes marginalisés.

1979, thèse de doctorat Les cabinets de lecture sous la Restauration. Pratiques culturelles et groupes sociaux. sous la direction de Robert Mandrou

Catégories : 40 ans