40 ans

Exposition « 40 femmes diplômées de l’EHESS »

L'exposition née du projet porté par EHESS alumni dans le cadre du 40e anniversaire de l'École, connaît un joli succès auprès de ses visiteurs. Après son inauguration à Paris, sa présentation à l’EHESS au à Marseille, elle est de retour à Paris dans le grand escalier du 105 boulevard Raspail.

Elle est constituée de portraits de quarante femmes, alumni de l’EHESS, qui témoignent de l’importance de leur passage à l’EHESS dans leur formation et leur parcours professionnels respectifs.

(suite…)

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Lebel10001  Germaine Lebel

 

« … ces années de travail souvent assez aride … »

 

 

Chartiste, archiviste paléographe, historienne, Germaine Lebel est la première femme titulaire du diplôme de la sixième section de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes. Elle l’obtient à l’âge de 46 ans, alors qu’elle est depuis 1948, conservateur en chef à la Bibliothèque Nationale d’Alger, après avoir acquis une grande expérience dans plusieurs bibliothèques universitaires et franchi toutes les étapes de la carrière.

Sa thèse de doctorat de l’Ecole Nationale des Chartes, soutenue en 1935, la conduit à établir un catalogue de 2 000 actes de l’abbaye de Saint-Denis et de ses prieurés et à rédiger une étude historique de l’activité économique de cette même abbaye, publiés ultérieurement.

Germaine Lebel présentera, quelque temps plus tard, un long et « aride » travail de recherche et d’écriture, réalisé dans les archives et les bibliothèques en Roumanie, et achevé en Algérie, en vue du diplôme de l’EPHE, publié aux PUF en 1955 dans la série des Publications de la Faculté des lettres d’Alger sous le titre La France et les principautés danubiennes (du XVIè siècle à la chute de Napoléon). Par la suite, le parcours professionnel de Germaine Lebel prend un nouveau tour. Elle est en effet nommée Directeur d’Etudes, sur proposition de Fernand Braudel au Ministre de l’Education nationale, en 1962, « pour être affectée à la Maison des sciences de l’homme », où elle devient responsable pendant quatre ans de la bibliothèque-documentation. A sa demande, elle est déchargée de cette responsabilité en 1966, et se consacre dorénavant à l’enseignement, donne un séminaire à l’EPHE et dirige plusieurs diplômes.

1952, Diplôme de la sixième section de l’EPHE « La France et les principautés danubiennes du XVIe siècle à la chute de Napoléon Ier» sous la direction de Fernand Braudel

 

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(Photo d’archives-droits réservés)

  Luce Irigaray

 

« Vivre, Penser, Ecrire »

Titulaire d’une thèse en philosophie et lettres de l’Université de Louvain, Luce Irigaray vient en France, entreprend une formation de psychanalyste et prépare une thèse de 3ème cycle à l’EPHE. Elue au CNRS, elle soutient une thèse d’Etat, Speculum. De l’autre femme, à l’université de Vincennes, en 1974, sous la direction de François Châtelet, ouvrage publié aux éditions de Minuit. La soutenance, à l’époque, fut « un événement » et le succès en librairie « énorme ». Mais, dit-elle, « je l’ai payé très cher; j‘ai été expulsée de mon enseignement et de l’Ecole psychanalytique », car « on ne change pas l’histoire sans payer ». C’est à l’étranger qu’elle reçoit consécrations et distinctions : elle a occupé la chaire d’un prix Nobel à l’Université de Rotterdam et reçu quatre doctorats honoris causa. Pour expliquer son absence des médias et du monde académique français, elle cite cette phrase d’un philosophe : « il faut parfois interpréter l’importance de son travail dans la résistance qu’il provoque ». Chaque année, pendant une semaine, elle tient un séminaire pour des étudiants, venus du monde entier, qui font leur PhD sur son œuvre. Pour elle, « être une femme, ne peut se limiter à une appartenance biologique, cela exige de se transcender jusqu’à devenir culturellement et spirituellement la femme qu’on est pour accomplir son individuation pour soi-même et pour les autres ».

1968, Thèse « Approche psycholinguistique du langage des déments », sous la direction de François Bresson.

 

 

Vianen, 12-4-2014. Nederlandse Coeliaki Dag. Jacqueline Wesselius. foto Peter Elenbaas

Vianen, 12-4-2014.
Nederlandse Coeliaki Dag.
Jacqueline Wesselius.
foto Peter Elenbaas

  Jacqueline Wesselius

 

 

« Journaliste une fois, journaliste toujours. »

 

 

 

Venue des Pays-Bas, Jacqueline Wesselius obtient une licence en psychologie à la Sorbonne en 1965, et intègre l’Enseignement préparatoire à la recherche approfondie en sciences sociales (EPRASS), créé en 1967 à l’EPHE, où elle suit notamment les enseignements de Pierre Gréco et de Gérard Lemaine. Les « séminaires traitaient des recherches en cours, moins de la science du passé », et, ajoute-t-elle, elle a « rarement appris autant de choses, avec autant de plaisir ». Parallèlement à sa formation et à son travail en psychologie sociale notamment avec Claudine Herzlich, elle commence une carrière de journaliste et finit comme correspondante du grand quotidien de Volkskrant. Journaliste freelance pendant de longues années, elle écrit tant pour la presse française que néerlandaise, et, décelant un intérêt français pour le modèle social néerlandais, elle rédige avec son mari un livre sur la législation sociale aux Pays-Bas. Sa formation à l’EPRASS a forgé chez elle une intuition pour repérer, au fil de ses rencontres, ceux et celles formé(e)s à l’Ecole. Si Jacqueline Wesselius, qui vit et écrit à Amsterdam, n’a plus guère de contacts avec l’Ecole, hormis « un lien affectif », elle a cependant observé que l’Ecole « s’est beaucoup internationalisée », alors que lorsqu’elle était étudiante, c’était « assez petit, intime même ».

1968, DEA, EPRASS

 

Julia Kristeva (c) Maurice Rougemont 03.2015-2

(Photo Maurice Rougemont)

  Julia Kristeva

 

« Lors de la soutenance, j’ai fait un acte parricide »

 

 

 

Pendant un parcours scolaire d’excellence, Julia Kristeva apprend le français, et s’inscrit en philologie romane et littérature comparée à l’université de Sofia, faute de « faire des études d’astronomie et d’astrophysique », parce que ses parents n’étaient pas membres du parti communiste bulgare. En doctorat sur le Nouveau Roman à l’Académie des Sciences de Bulgarie, elle obtient une bourse du gouvernement français et arrive à l’aéroport du Bourget, avec 5 dollars en poche. A Paris, elle rencontre Tzvetan Todorov qui l’engage à s’inscrire aux Hautes Etudes, où elle suit les séminaires de Roland Barthes et de Gérard Genette qui l’introduit au groupe Tel Quel. Pendant la soutenance en 1968, elle dit s’être « comportée comme une révoltée », face à un Lucien Goldmann, réticent envers la psychanalyse, et « décomposé, car j’étais sa fille ». En 1974, à l’université de Vincennes, elle soutient une thèse d’état, intitulée « La révolution du langage poétique », sous la direction de Jean-Claude Chevalier. Elle crée avec Antoine Compagnon et Eric Vigne le Centre Roland Barthes à l’Université de Paris 7 où elle enseigne depuis 1972. Polyphonie, flexibilité sont ses mots pour dire l’agencement de ses multiples activités, sa pluridisciplinarité en actes, sa constante traversée des frontières mentales et géographiques. Elle « se voyage ».

1968, thèse, « Le texte du roman. Approche sémiologique d’une structure discursive transformationnelle », sous la direction de Lucien Goldmann.

 

 

PPGS - Profa. Silke Weber

(Photo personnelle)

Silke Weber

 

« Le rôle de l’éducation est essentiel pour le développement de la démocratie »

 

         Venue de Recife, capitale de l’Etat du Pernambouc au Brésil, où elle avait suivi des études en psychologie sociale et en éducation, Silke Weber intègre en 1966 la direction d’études de Paul-Henry Chombart de Lauwe, au sein d’un groupe international d’étudiants qui constituera plus tard un fidèle réseau d’amis. Elle y prépare un doctorat sur les aspirations à l’éducation au Brésil dans une période où le pays comptait un nombre très important d’analphabètes avec un accès très restreint à l’éducation. Elle soutient sa thèse en 1972, thèse qui sera publiée aux Editions du Cnrs (1976). Revenue à Recife, elle enseigne à l’université comme professeure, y dirigera une cinquantaine de thèses et masters, tout en développant une carrière internationale. Lorsque Miguel Arraes, membre de la Gauche démocratique, est élu une nouvelle fois Gouverneur du Pernambouc dans la décennie 1990, elle devient ministre de l’Education de cet Etat. Elle peut alors mettre en œuvre ses conceptions démocratiques de politique publique éducative, mettant l’accent sur la gestion partagée entre l’Etat et les municipalités, sur la formation des instituteurs et leur valorisation, sur l’importance du processus d’apprentissage des élèves. Depuis 2007, Silke Weber est professeure émérite. Elle conserve un vif souvenir de l’Ecole où elle s’est initiée à son métier de chercheuse.

1972, thèse de doctorat : « Aspirations à l’Éducation dans une ville du nord-est brésilien. » sous la direction de M. Chombart de Lauwe

 

 

2015.05 Alumnae Chantal Thomas 14  Chantal Thomas

 

« L’écriture du plaisir, plaisir de l’écriture »

 

Après une licence en philosophie à Bordeaux, puis un DESS d’esthétique à Aix-en-Provence, Chantal Thomas « apprend par un ami que Roland Barthes écrivait sur Sade », et lui téléphone pour s’inscrire en doctorat. « R. Barthes n’a pas répondu comme un professeur, mais de manière merveilleusement intuitive, comme un complice vers l’écriture ». Son séminaire « était un montage mystérieux entre mots et silence vers l’élaboration d’un livre », dans « un espace singulier, rue de Tournon ; l’institution, c’était ce lieu-là ». Après un « vagabondage » aux Etats-Unis, Chantal Thomas, élue au CNRS, intègre le Centre de Littérature, idéologies, représentations XVIII-XIX siècles à Lyon. En 1991, elle soutient une thèse d’Etat sur « Le personnage de Marie-Antoinette dans les pamphlets », sous la direction de Pierre Rétat. Ce travail « fut un déclic inattendu vers l’imagination, et un tournant vers le roman ». Explorant tous les genres littéraires, Chantal Thomas s’attache à sortir de l’ombre des figures de femmes ou d’enfants, des oubliés de l’Histoire, à partir « d’une trame affective, et les archives la font rebondir ». Lauréate du prix Femina en 2002 pour Les Adieux à la Reine, elle reçoit en 2014 le prix de l’essai de l’Académie française et le prix Roger-Caillois. Son dernier livre, Pour Roland Barthes, est « un exercice d’admiration et de reconnaissance ».

1976, Thèse « L’œil de la lettre. Contribution à une analyse textuelle de l’œuvre de Sade » », sous la direction de Roland Barthes.

 

2015.04 Alumnae Susan George (13)  Susan George

 

« Scholar Activist »

 

Diplômée du Smith College aux USA, et après dix années consacrées à ses enfants, Susan George fait une licence de philosophie à la Sorbonne (1967), puis après la publication de son premier livre Comment Meurt l’Autre Moitié du Monde, elle soutient un doctorat à l’EHESS, pour se doter d’une légitimité face à ses adversaires idéologiques. Elle est présidente du Transnational Institute à Amsterdam et présidente d’honneur d’Attac France. Dans ses 17 ouvrages et ses conférences, elle ne cesse de traquer « les fils du pouvoir, en examinant ceux qui oppriment et augmentent leur profit alors que d’autres crèvent de faim ». Contre la tendance française à la théorie, Susan George part « de faits vérifiables, d’une accumulation empirique, d’où l’on peut parfois arriver à une théorie ». Inlassable militante, il lui importe d’« écrire et de parler de façon très compréhensible, pour être en phase avec un public de partout ». « Grâce à un père exceptionnel et huit années d’études dans des établissements féminins », elle a toujours eu l’impression « que les femmes pouvaient accomplir dans la vie à peu près ce qu’elles voulaient, quitte à travailler plus que les hommes ». Son combat actuel: s’opposer au traité transatlantique de libre-échange. Son dernier livre : Les Usurpateurs : Comment les entreprises transnationales prennent le pouvoir au Seuil.

1978, thèse « Stratégies d’intervention des pays industrialisés dans les systèmes alimentaires des pays périphériques », sous la direction d’Anouar Abdel-Malek

 

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(Photo Christophe Abramowitz/ Radio France)

  Laure Adler

 

« Je me sens une enfant de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes.»

 

Historienne, écrivaine, éditrice, journaliste littéraire, conseillère à la culture sous la présidence de François Mitterrand, animatrice à la télévision du «Cercle de Minuit» et de « Permis de penser », directrice de France Culture, enseignante, Laure Adler a tissé un maillage professionnel très dense. Celui-ci s’éclaire lorsqu’elle souligne « Je suis une fille du métissage des savoirs disciplinaires, et cela je le dois à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes ». Laure Adler a vécu son enfance et son adolescence en Afrique, vient ensuite à Clermont-Ferrand puis à Paris, étudie le droit, soutient une maîtrise en philosophie à la Sorbonne. Cependant, elle cherche une « nourriture » et une « discipline » intellectuelles et un « maître » qu’elle trouve en la personne de Jacques Ozouf. « On avait l’impression d’approcher la recherche dans un dialogue constant avec les étudiants (…), et moi petite étudiante, j’avais des supérieurs hiérarchiques qui étaient des protecteurs intellectuels». L’école c’était aussi une manière de vivre, une manière d’écrire, et un lieu, la bibliothèque du 54 boulevard Raspail ; « quand je vois qu’elle est en travaux, j’ai hâte qu’elle ré-ouvre parce que c’est quand même un peu ma maison, cette bibliothèque ».

1978, Thèse « L’avènement de la parole des femmes : la presse des femmes 1830-1850 » sous la direction de Jean-Paul Aron

 

 

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(Photo personnelle)

  Catherine Bertho-Lavenir

 

 

« Fidèle aux sources, se donner des outils pour comprendre et tracer de nouveaux chemins».

 

 

Après des études et la soutenance d’une thèse à l’Ecole des Chartes, devenue conservatrice aux Archives nationales, Catherine Bertho-Lavenir s’inscrit en thèse à l’Ecole en 1973, suit les séminaires de Nathan Wachtel et fréquente les séminaires d’ethnologie. Après son doctorat, elle publie son premier article dans Actes de la Recherche, bénéficiant de la générosité intellectuelle de l’équipe de Pierre Bourdieu. Elle est chargée de conférences à l’EHESS sur l’ethnographie de la France pendant une dizaine d’années, tout en ayant la charge des archives des PTT. Elle publie un ouvrage de référence sur l’histoire des télécommunications et devient maître de conférences au CNAM dans l’équipe de J.-J. Salomon, puis professeure d’histoire contemporaine à l’Université de Clermont-Ferrand. Elle intègre ensuite l’université Paris 3 (département Médiation culturelle) avant de devenir  vice-présidente de cet établissement. Après un passage à l’université de Montréal et à l’université du Bauhaus à Weimar, elle est nommée, en 2013, rectrice de l’académie de Martinique.

L’EHESS a été, pour elle, un espace d’épanouissement intellectuel sans égal, offrant une totale liberté de recherche et favorisant des rencontres décisives. L’école lui a apporté une aisance face à l’analyse des faits qu’elle a pu valoriser dans les différentes étapes de sa carrière et jusqu’à sa fonction actuelle.

1979, Thèse en anthropologie historique sur La naissance des stéréotypes régionaux en Bretagne, XIXe-XXe siècle, sous la direction de Maurice Agulhon

 

 

Françoise Parent-Lardeur

« L’étude et la recherche ont été les sources de mon épanouissement »

Françoise Parent-Lardeur a eu un parcours dans la plus pure tradition de l’Ecole pratique des hautes études qui avait été conçue pour former des chercheurs indépendamment des diplômes, sur la base d’une « aptitude à la recherche ». Recrutée en 1959 comme secrétaire dans le laboratoire de Chombart de Lauwe, elle utilise ses temps libres pour préparer un diplôme de l’Ecole sur la naissance des employées de grand magasin. Diplômée en 1963, elle est nommée chef de travaux dans le même laboratoire et est chargée d’encadrer les nombreux étudiants de la direction d’études. Elle s’inscrit alors en thèse qu’elle soutient en 1979 sur les cabinets de lecture sous la Restauration : elle y montre l’importance de ces « boutiques à lire » pour faire accéder les classes populaires et moyennes à la lecture des journaux et de la littérature. Deux livres seront tirés de cette thèse dont l’un sera primé par l’Académie française. Elue maître assistante, elle intègre alors le Centre de recherche historique où elle poursuit ses travaux sur le marché du livre et développe une carrière internationale. Retraitée en 1987, et infatigable jusqu’à la fin de sa vie, elle s’engage alors dans l’alphabétisation et le soutien scolaire aux jeunes marginalisés.

1979, thèse de doctorat Les cabinets de lecture sous la Restauration. Pratiques culturelles et groupes sociaux. sous la direction de Robert Mandrou

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2015.03 Alumnae Diane Lamoureux 5  Diane Lamoureux

 

« Cela crée des liens de faire une thèse avec quelqu’un.»

 

Professeure titulaire au département de science politique, à l'Université Laval, au Québec, Diane Lamoureux s’intéresse à la philosophie politique, à la sociologie politique et au féminisme. Lorsqu’elle vient à Paris préparer sa thèse avec Alain Touraine, à la fin des années 70, après s’être renseignée auprès de Georges Haupt venu au Québec, elle éprouve « un petit choc culturel » en arrivant à l’EHESS, « l’impression d’arriver dans un hall de gare ». Elle ne considère d’ailleurs pas « l’Ecole comme le lieu exclusif » du savoir, et sait profiter des autres « ressources intellectuelles », disponibles à Paris. Toutefois, elle note que « tous les gens qu’on lisait, on pouvait les voir en personne » à l’EHESS.

Forte de cette « autre culture universitaire », Diane Lamoureux n’hésite pas, par la suite, à envoyer ses étudiants à l’Ecole. Ils font un peu comme elle, assistent à des séminaires de l’Ecole tout en organisant leur propre programme intellectuel entre plusieurs universités. Régulièrement invitée en France, elle n’est cependant pas « en mesure de suivre ce que devient l’Ecole ». Elle continue d’avoir des activités militantes féministes, de participer aux mouvements sociaux, et a publié récemment Pensées rebelles, autour de Rosa Luxembourg, Hannah Arendt et Françoise Collin.

1983, Thèse « Les difficultés d’émergence d’un mouvement autonome des femmes au Québec », sous la direction d’Alain Touraine

 

Paris 1985

Paris 1985 (Photo Colette Geoffrey)

  Monique Wittig

 

« L’écriture comme cheval de Troie »

 

Écrivaine, théoricienne littéraire et du lesbianisme radical, Monique Wittig est décédée le 3 janvier 2003 à Tucson (États-Unis). Après son baccalauréat, elle s’inscrit en licence de lettres à la Sorbonne, et à l’Institut National des Langues Orientales dans un cursus de chinois. Elle exerce ensuite diverses activités comme institutrice, traductrice, et correctrice dans l’édition.

Son premier livre, L’Opoponax, publié aux éditions de Minuit, obtient le Prix Médicis en 1964. Ce roman constitue une sorte de matrice où sont présentes des thématiques et des techniques littéraires retravaillées dans ses œuvres théoriques et littéraires ultérieures. Avec d’autres intellectuelles, elle fait partie des toutes premières militantes qui ont initié le mouvement de libération des femmes en France. Théoricienne majeure du féminisme contemporain, elle prend ses distances avec le mouvement féministe français en optant pour le lesbianisme radical. Elle quitte la France en 1976 pour s’installer aux Etats-Unis et y accomplit une carrière dans diverses universités. Son mémoire de diplôme de l’EHESS sera publié post mortem sous le titre Le Chantier littéraire. Grâce à ce diplôme, elle peut stabiliser sa carrière à l’Université d’Arizona où elle sera titularisée à partir de 1990 dans le département des « French and Women’s Studies ».

1986, Diplôme de l’EHESS, « Le chantier littéraire », sous la direction de Gérard Genette.

 

 

2015.05 Alumnae Valérie Champagne

(Photo SNCF)

  Valérie Champagne

 

« Je n’aime pas m’ennuyer.»

 

Économiste, rapporteure à la chambre Transport de la Cour des comptes, Valérie Champagne est aujourd’hui inspectrice générale des finances et Directrice stratégie et finances de la branche Gare & Connexions au sein du groupe SNCF. Elle commence ses études universitaires à la sortie d’HEC en s’inscrivant, en parallèle d’une préparation au concours d’Administrateur de l’INSEE, dans un DEA d’Analyse et politique économiques conjoint entre l’EHESS, l’ENS et l’ENSAE. Elle a alors le sentiment de devenir étudiante à Paris parce que HEC, c’est Jouy-en-Jossas au milieu de la forêt et peu commode d’accès. Son intérêt pour les sciences sociales est quasi anachronique et représente un grand écart avec ses compétences de praticienne.

Si HEC lui a appris à vivre et à se comporter, son passage à l’EHESS et à l’ENSAE a fini de la rendre autonome dans ses raisonnements. Elle revendique plusieurs alma mater avec une dimension recherche à l’EHESS qui donne envie d’aller au fond des choses. Passionnée par les derniers développements de la recherche, elle s’enthousiasme pour les gens qui pensent et est toujours admirative de ce monde. Surtout, l’EHESS porte des valeurs ; Valérie Champagne n’a «aucun problème à les afficher» et à s’en «approprier une partie ».

1988, DEA « La différenciation verticale et horizontale avec un cas appliqué à l’hôtellerie de chaine » sous la direction de Patrick Rey.

 

 

2015.03 Alumnae-Khadija Naamouni 1  Khadija Naamouni

 

« Je n’ai pas encore coupé le cordon ombilical avec l’Ecole. »

 

Chercheuse indépendante, membre de l’Observatoire de la Diversité Culturelle dans son département, Khadija Naamouni a participé à des missions concernant le Maroc et la Mauritanie, en lien avec l’ORSTOM et le CNRS. Elle garde un souvenir ému de ses années de doctorat, et du Centre d’Etudes Africaines regroupant tous les «grands de l’anthropologie », et formant aujourd’hui des médecins aux sciences sociales. Sa formation, précise-t-elle, était « spécialisée », « très bien encadrée », avec une mention spéciale faite au stage effectué dans le service de psychiatrie de l’hôpital de Nemours sur « la représentation de la maladie mentale en milieu maghrébin ».

Sa thèse, publiée au Maroc est un « véritable privilège, qui impressionne l’interlocuteur », et lors de la restitution de son travail, devant des hommes, au sanctuaire marocain de « Bouya Omar », la légitimité doctorale lui fut d’un grand recours, car « c’est par l’intermédiaire du livre que leur sanctuaire entre dans le monde littéraire ». Elle revendique, « fièrement, la tête bien haute » son statut d’ancienne étudiante, continue de fréquenter assidûment la bibliothèque, et « garde un lien très fort, très affectif » à l’Ecole, étonnée toutefois « par tous ces masters qu’on trouve maintenant ».

1991, Thèse « La maladie mentale et le culte de la Bouya Omar dans le rite de la confrérie Rahhaliyya au Maroc » sous la direction de Emmanuel Terray

 

2015.05 Alumnae Claudia Serrano (2')  Claudia Serrano

 

« Je suis une femme latino-américaine engagée, une dirigeante… ».

 

Ambassadrice du Chili à l’OCDE depuis 2014, auparavant professeure à l’université de Santiago, chercheuse dans le cadre de la Corporation de Recherche Economique pour l'Amérique Latine, puis directrice de la politique sociale et culturelle à la mairie de Santiago, Claudia Serrano fut ensuite responsable des programmes du Centre Latino-Américain pour le Développement Rural. Sous-Secrétaire au développement régional, puis Ministre du travail du premier gouvernement de Michelle Bachelet, elle milite au sein du Parti socialiste chilien depuis la fin de la dictature. Alain Touraine fut son passeur et son mentor à l’Ecole. Habituée aux campus, son arrivée à l’Ecole fut un choc : elle se souvient de la dispersion des lieux de séminaires et d’une sorte melting-pot d’étudiants formant une école-monde. Etre diplômée de l’EHESS est « un très grand motif de fierté », en témoigne son attestation de doctorat figurant en bonne place dans son bureau. Sa formation en France fut « une expérience stimulante et joyeuse » qui continue de marquer sa vie. Sa nomination à l’OCDE lui permet de concilier « intérêt pour les politiques publiques et distance réflexive pour cerner les vrais enjeux ». Loin des sentiers tout tracés, son parcours est orienté par la complexité à laquelle elle dit vouloir « faire face ».

1992, thèse de doctorat : « Le mouvement des femmes au Chili », sous la direction d’Alain Touraine

 

2015.06 Alumnae Natacha Avelin (13)  Natacha Aveline

 

« Une spécialiste de l’Asie du nord-est. »

 

Après avoir travaillé six ans à l’Union des HLM, et passé deux licences et un DEA en climatologie, Natacha Aveline, géographe et japonisante, s’inscrit en thèse à l ‘EHESS. Ce moment va « totalement changer sa trajectoire en devenant universitaire et spécialiste de l’Asie ». Lauréate du prix Shibusawa-Claudel, elle est recrutée au CNRS en 1994, quelques mois après sa soutenance, et soutient une HDR à Lyon 2, en 2005. Elle travaille alternativement dans des centres de recherche en France et au Japon, puis devient Directrice du Bureau du CNRS Asie du Nord. La catastrophe de Fukushima l’oblige à se replier à Hong Kong, avant de revenir en France au laboratoire Géographie-Cités où « elle est responsable de projets essentiellement liés à la Chine ». Selon elle, le nom de l’Ecole circule essentiellement en Chine, « dans certains palmarès en association avec celui de l’ENS ». Elle considère que l’EHESS est « une institution majeure dans le paysage de la recherche française ». Un souhait : l’Ecole devrait « continuer à se distinguer par sa capacité à la prise de risque, tout en prenant garde à soigner la qualité de ses thèses ». Une recommandation : « il serait dommage qu’une stratégie élitiste lui fasse perdre son âme ».

1993, thèse «Bulle foncière, équilibres macro-économiques et gestion urbaine au Japon», sous la direction de Augustin Berque

 

Grazia Scarfò Ghellab

(Photo personnelle)

  Grazia Scarfò Ghellab

 

 

« Nous pouvons contribuer à le changer, ce monde… »

 

À la suite de la lecture d’une anthologie de sociologie de l’éducation, Grazia Scarfò Ghellab, alors assistante à l’université de Sassari en Sardaigne, découvre Bourdieu, veut s’inscrire avec lui pour une thèse et « se bat » pour parvenir à son objectif. D’ailleurs Alberto Merler, son professeur de sociologie, lui a donné le « goût de l’ouverture », et l’y encourage. Au cours des six années passées à l’EHESS, les différents séminaires où participaient de nombreux étudiants étrangers, qui cherchaient, comme elle, « à s’ouvrir », et l’intégration dans un réseau international de recherche, lui ont permis des rencontres, des échanges, des voyages « fabuleux aussi bien du point de vue professionnel qu’humain » ; elle a aussi été « guidée remarquablement », et a appris à être « confrontée à des approches différentes d’un même objet ».

Depuis 1998, Grazia Scarfò Ghellab est professeure de sociologie à l’école Hassania des travaux publics à Casablanca, très active dans les réseaux internationaux de recherche, et exerce parfois des activités de consultante ; au Maroc, le doctorat de l’EHESS a d’ailleurs constitué une ressource importante. « Fière » d’être passée par l’Ecole, elle n’en est pas moins « très en colère en voyant comment le monde avance ».

1993, Doctorat, L’espace des écoles de gestion italiennes, sous la direction de Pierre Bourdieu

 

2015.05 Alumnae Sandrine Garcia (14)  Sandrine Garcia

 

« De l’enchantement au désenchantement »

Étudiante en sociologie à l’université de Caen, Sandrine Garcia soumet un projet de thèse à Pierre Bourdieu, alors que la rumeur circulait « qu’il fallait avoir du piston pour aller aux Hautes Etudes ». Acceptée mais «  terrifiée », elle intègre l’atelier de doctorants de Bourdieu, et a retenu, au-delà de l’importance de «  la boîte à outils conceptuels », la transmission de « l’irrespect par rapport à l’autorité, du rejet de toute scholastique, du courage de monter au front ». Elle se souvient avec amertume de ses années de terrain en raison des conflits entre « anciennes combattantes » féministes. Recrutée comme maîtresse de conférences à Chambéry, puis à Paris-Dauphine, elle est élue professeure à l’université de Dijon en 2014. Le passage de l’EHESS à l’université fut douloureux: « on nous a menti, on n’est pas préparé à la fac ; à l’université j’existe par misère d’opposition, car il existe une profonde médiocratie », hormis à Dauphine, «  chance de sa vie ». Malgré des liens soutenus avec l’EHESS, Sandrine Garcia souligne que lorsqu’un ancien étudiant est recruté sur un poste, alors, «  tu n’existes plus pour tous ces gens qui t’ont portée, tu es complètement lâchée, le choc est rude quand tu sors de l’Ecole ».

1993, thèse « Le féminisme, une révolution symbolique ? Etude des luttes symboliques autour de la condition féminine », sous la direction de Pierre Bourdieu.

 

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(Photo Abou Ndiaye)

  Mariatou Koné

 

« En quête de l’excellence »

 

Enseignante-chercheure à l’Institut d’Ethnosociologie (IES) de l’Université Félix Houphouët-Boigny à Abidjan, Mariatou Koné est la première femme à en être élue directrice. Coordonnatrice du PNCS (Programme National de Cohésion Sociale) en Côte d’Ivoire depuis 2012, et récemment chargée de la mission d’indemnisation des personnes victimes des crises qui y sont survenues, elle a le sens du « service de son pays ». La recherche de terrain est sa passion ; elle travaille beaucoup sur l’articulation entre la question foncière et la question de la citoyenneté, et a publié sur le sujet notamment Droits délégués d'accès à la terre et aux ressources naturelles dans le Centre-Ouest de la Côte d'Ivoire : Bodiba (Oumé) et Zahia (Gboguhé).

Après des études de maîtrise à Abidjan, elle est venue à l’EHESS à Marseille, tout en rêvant des Etats-Unis, grâce à une bourse du Ministère de la Recherche scientifique de Côte d’Ivoire, et sur la recommandation d’un professeur de sociologie, Kouamé N’Guessan. Pour elle, la différence entre l’école et l’université tient à l’absence de contrainte, la grande liberté laissée à l’étudiant, la forte incitation à lire des ouvrages, le contact très direct et chaleureux avec les enseignants, même si, après les séminaires, « on se retrouvait seuls ». Surtout, la formation acquise à l’EHESS l’a « stimulée pour aller toujours de l’avant ».

1994, Doctorat « Etre encadreur agricole en Côte d’Ivoire : principes et pratiques (le cas de Sakassou) », sous la direction de Jean-Pierre Olivier de Sardan.

 

 

Esther Duflo Tenzer Oct 11

(Photo personnelle)

  Esther Duflo

 

« L’évaluation économique en cheville avec le monde réel »

 

Normalienne et étudiante en histoire, Esther Duflo s’inscrit en DEA à l’EHESS, au DELTA, devenu Ecole d’économie de Paris, où elle découvre « l’économie moderne » grâce à Thomas Piketty et Daniel Cohen. Elle comprend alors que cette science est appliquée et qu’en l’étudiant elle pourra jouer un rôle plus important et plus positif dans le « monde réel » qu’en faisant de la politique. Dans ce DEA qui réunissait les meilleurs professeurs et étudiants, travaillant à un rythme intense, Esther Duflo a eu l’impression de retourner en prépa. Lorsqu’après l’agrégation de sciences économiques et sociales en 1996, elle part préparer une thèse au MIT, elle y observe « des rapports peu hiérarchiques et un système très méritocratique ». Le doctorat soutenu en 1999, elle devient assistant professor au MIT et rapidement professeur d’économie, puis un peu plus tard directrice du Laboratoire d’action contre la pauvreté (J-PAL). Ce travail d’évaluation des politiques de lutte contre la pauvreté, « en cheville directe avec le monde réel », lui permet de nouer des contacts très étroits avec de nombreux gouvernements et ONG. Elle a occupé en 2008-09 la première chaire internationale « Savoirs contre la pauvreté » au Collège de France et siège au Conseil Présidentiel pour le Développement Global auprès de Barack Obama.

Esther Duflo 1995, DEA « la restructuration des entreprises russes : deux aspects », sous la direction de Daniel Cohen

 

 

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2015.03 Geneviève Fraisse - Paris Xe (1)  Geneviève Fraisse

 

« Je suis une colporteuse. »

 

Philosophe, féministe, ancienne déléguée interministérielle aux droits des femmes (1997-1998), députée européenne sur la liste de Robert Hue (1999-2004), Geneviève Fraisse entre au CNRS en 1983. Elle crée avec Jacques Rancière la revue Les Révoltes logiques en 1975. A partir de 1984, elle travaille assidument au Collège de Philosophie et publie une vingtaine d’ouvrages concernant la généalogie de la démocratie, la question de l’émancipation et du consentement, et plus largement l’analyse de la controverse des sexes et des tensions entre sexe et genre.

Membre du groupe informel d’histoire des femmes de l’EHESS, elle contribue à la création de la revue Pénélope, participe au colloque « Une histoire des femmes est-elle possible ? » de Saint-Maximin, au livre Madame ou Mademoiselle ?, à l’article collectif de ce groupe « Culture et pouvoir des femmes : essai d’historiographie », publié dans les Annales en 1986. Elle co-dirige le 4ème volume de l’Histoire des Femmes. Elle a eu une charge de conférence pendant plusieurs années à l’EHESS.

« Electron libre » comme elle se définit elle-même, son rapport distancé aux institutions ne l’empêche pas de reconnaître les vertus de l’interdisciplinarité. Elle salue avec révérence H. Wismann et C. Lefort, deux « figures atypiques » de l’Ecole.

1997, Thèse d’Etat sur travaux « La différence des sexes : recherches sur une forme de la connaissance » sous la direction de Heinz Wismann

 

2015.04 Alumnae Lia Steinder (11)  Lia Steindler

 

« Je me réinvente. »

 

Directrice de développement des talents dans une entreprise de parfums, Lia Steindler parle italien, hébreu, français, anglais, allemand, espagnol et portugais. En 1998, sur les conseils de deux universitaires, Giacomo Todeschini et Luisa Accati-Levi, elle quitte Trieste pour Paris où elle s’inscrit en DEA à l’EHESS. Elle a apprécié particulièrement l’ambiance de l’EHESS, les séminaires, les personnes qu’elle y a rencontrées.

Après son DEA, elle décroche, grâce aux annonces de stages proposés boulevard Raspail, un stage dans une société de service d’ingénierie et d’informatique, où elle est chargée du recrutement. En 2002, elle part avec son mari au Brésil où elle lance sur le marché les baignoires en plastique pour les bébés. C’est un véritable défi qui lui permet d’échapper aux Coffee Mornings réunissant les femmes expatriées. De retour en France, elle prépare un master en management à l’ESSEC. Cette formation lui permet d’intégrer la maison Givenchy puis l’entreprise de parfums Puig.

Passionnée par les différentes expériences professionnelles qu’elle a eues, elle ne souhaite pas pour autant couper le lien « affectif » qu’elle entretient avec les sciences sociales. Elle se « remet en question tout le temps », et ne renonce pas à l’idée de préparer un doctorat en histoire ou en psychologie.

1999, DEA « Symboles et métaphores du pouvoir dans les écrits des Jésuites et Réformateurs du XVI-XVIIe siècle » sous la direction de Maurice Kriegel

 

Raja Bouziri DSC_2694+

(Photo personnelle)

  Raja Bouziri

 

« Permettre à mes étudiants d’enrichir leur culture »

 

Enseignante-chercheuse à l’Institut supérieur des langues de Tunis, à l’université de Carthage, Raja Bouziri a commencé ses études supérieures à Censier et y a obtenu une maîtrise de sciences du langage. Après avoir lu la préface de Pierre Encrevé à Sociolinguistique, de William Labov, elle voulait connaître le premier, et est entrée en relations avec lui grâce à Georges Bohas, son directeur de mémoire de maîtrise. Les années suivantes de préparation de thèse à l’EHESS constituent incontestablement une ressource pour elle. Sa « formation de linguiste, très attachée au terrain et à sa réalité langagière, a été forgée » à l’école ; l’interdisciplinarité, qui y est pratiquée, lui a permis de s’adapter au terrain tunisien. Elle évoque aujourd’hui « avec beaucoup de fierté » devant ses étudiants et ses collègues cette formation et ses enseignants.

Après la thèse, elle a enseigné trois ans en France à l’Institut Didactis (institut privé de formation en langue française), expérience fort utile pour le poste obtenu à son retour en Tunisie. Membre du groupe chargé de la réflexion sur l’innovation dans l’enseignement du français et en français en Tunisie, co-fondatrice du Réseau maghrébin des technolectes (REMATE), et responsable du groupe tunisien, elle participe activement aux colloques internationaux, et publie dans les revues spécialisées.

2000, Thèse, « La variation dans les pratiques langagières des jeunes d’origine maghrébine à la Goutte d’Or Paris XVIIIème », sous la direction de Pierre Encrevé

 

 

2015.06 Alumnae Véronique Biau (13)  Véronique Biau

 

« L’Ecole m’a ouverte à la recherche »

 

Véronique Biau mène parallèlement une formation en architecture et en urbanisme dont elle obtient les diplômes finaux, la même année, en 1985. Sensibilisée à la recherche par un travail sur la typomorphologie auprès de l’une de ses enseignantes en architecture, elle rencontre Nicole Haumont, Directrice de recherche au CNRS et enseignante en sociologie de l’habitat. Celle-ci la fait venir au Centre de recherche sur l’habitat (CRH) dont elle est alors responsable, pour participer à des enquêtes. Prenant conscience que sa double formation d’architecte et d’urbaniste ne lui offre pas un cadre théorique suffisant, Véronique Biau, décide de se former à la sociologie et s’inscrit en DEA. Pierre Bourdieu l’accepte dans son séminaire fermé puis elle poursuit en thèse sous la direction de Monique de Saint-Martin, tout en continuant d’être chargée de recherche au CRH. Devenue architecte de la fonction publique à l’issue d’un concours, la thèse lui permet d’être affectée comme chercheuse au ministère de la Culture et de travailler « de l’intérieur » sur la sociologie des acteurs de l’architecture. Elle dirige aujourd’hui le CRH, une des sept entités d’une importante UMR. Dans les domaines de l’architecture et de l’urbanisme, la recherche joue un rôle toujours plus important en nourrissant les réflexions et manières de faire des praticiens.

Thèse, 2000. La consécration en architecture ; l'émergence de nouvelles élites architecturales en France. Sous la direction de Monique de Saint-Martin

 

2015.06 Alumnae Sophie Knapp (13)  Sophie Knapp

 

« Solitaire parmi les autres »

 

Après le baccalauréat, Sophie Knapp s’inscrit à la faculté d’arts plastiques, obtient le diplôme des Arts décoratifs, puis s’inscrit en DEA à l’EHESS à 32 ans. Séparée du père de sa fille, elle entend comprendre cette expérience, d’où le sujet de son mémoire. A l’Ecole, elle a découvert des « étudiants plus jeunes, de toutes les nationalités, qui étaient dans des combats ». Malgré une mention très bien, nulle envie de s’inscrire en thèse pour « passer trois ans au monastère ». Le DEA a pourtant été son sésame : le producteur de l’émission « Sur les docks » repère le diplôme sur Google et lui propose de travailler pour France Culture ;  grâce au DEA, elle obtient le diplôme d’Etat de médiateur familial, tout en animant un atelier de radio à Paris 8. Cette femme orchestre conjugue « plusieurs boulots concomitants »: auteur de documentaires, enseignante, médiatrice familiale, adaptatrice TV pour les sourds, avec une stratégie, « ne jimais$dEmander du travail, mais proposer des collaborations ». Ce qui la fait tenir : la sociologie qui « lui a donné une méthode et une nouvelle grille de lecture du monde », et sa fille, envers qui « elle se sent lionne », car « il faut que je sois forte. Et ça, le DEA me l’a donné ».

2004, DEA, « L’invention d’une parentalité égalitaire. Le cas des couples séparés », sous la direction de Rose-Marie Lagrave.

 

2015.06 Alumnae Ioana Cirstocea (5)  Ioana Cîrstocea

 

« Un lieu chargé de mémoire : le boulevard Raspail »

 

En classe de mathématiques au lycée, Ioana Cîrstocea « a bataillé pour faire des études de lettres ». Reçue première au concours d’entrée de l’Université de Bucarest, elle y suit une formation de master en études culturelles, pour travailler ensuite comme traductrice et professeure de français. Après une année à l’Ecole doctorale de Bucarest (AUF/EHESS) elle vient en 1999 à l’EHESS où elle passe un DEA, puis un doctorat en sociologie. Elle « ne s’y est pas sentie perdue », car ses études en Roumanie l’avaient déjà rendue « sensible à l’interdisciplinarité ». Elle se souvient de la richesse des séminaires et des échanges avec les étudiants et les enseignants dont quelques uns sont encore ses amis. Sa soutenance de thèse fut « un moment gratifiant et chaleureux ». Elue au CNRS en 2006, elle découvre un milieu professionnel fort stimulant mais aussi marqué par « des enjeux de pouvoir, la hiérarchie des disciplines et des objets d’étude, les limites des moyens pour mener des recherches de terrain ». Elle dirige depuis 2013 un programme ANR et une équipe qui a pour ambition de travailler «  sans s’enfermer dans des boîtes ». Elle se dit « heureuse » de faire le métier de chercheure et se sent toujours proche de l’EHESS.

2004, Thèse, « Contribution à une sociologie de la ‘transition’ roumaine à travers le prisme de la condition féminine et des représentations de la féminité », sous la direction de Francine Muel-Dreyfus.

 

2015.03 Alumnae Uehara Mayuko (1)  Mayuko Uehara

 

 « Passeuse de la pensée japonaise »

 

Après l’obtention d’une licence en littérature française au Japon, Mayuko Uehara commence un parcours dans plusieurs universités françaises (Nice, Sorbonne, Paris VII). Elle souligne que le doctorat de l’EHESS lui a permis d’accéder à un poste de maîtresse de conférences à l’université privée de Meisei à Tokyo, puis de professeure au Département de philosophie japonaise de l’université de Kyoto ; elle est depuis 2011 éditrice en chef du Journal of Japanese Philosophy. « Obligée de travailler pour vivre et payer ses études », Mayuko Uehara a fait fonction d’interprète chez Hermès et été un moment ATER à Lyon. De ses années à l’école, elle retient ses amitiés avec beaucoup d’étudiants étrangers, « les séminaires et les recherches très pointus », tout en insistant sur l’incitation fondatrice de son directeur de thèse à « transmettre la culture et la pensée japonaises à des non Japonais ». Elle prend conscience « de ne pas savoir beaucoup de choses sur son pays et sur sa culture », et s’emploie à combler ses lacunes avec le sentiment d’un retour vers ses racines. Mayuko Uehara se félicite de l’existence de la Fondation Japon de l’EHESS, et de la signature d’une convention de recherche entre son université et l’EHESS.

2004, Thèse « Traduire la philosophie japonaise : formation des concepts et transformation de la langue dans l'œuvre de Nishida Kitarô : sa traduction en français », sous la direction d’Augustin Berque

 

Sokhna Selly Baro

(Photo personnelle)

  Sokhna Selly Baro

 

« La chance, le courage et la détermination ont été les clés de ma réussite »

 

 

Après une maîtrise de sociologie à l'université Cheikh Anta Diop de Dakar, Selly Baro veut faire de la recherche. Elle est acceptée en DEA à l’EHESS en 1999, et grâce à une aide de sa sœur installée aux Etats-Unis, elle peut venir à Paris, mais elle doit travailler parallèlement à ses études et elle mène des enquêtes pour l'INSERM. Elle apprécie la formation à l’École, plus rigoureuse que celle reçue à Dakar : le travail de terrain est valorisé, toutes les méthodes d’enquête qualitatives et quantitatives y sont enseignées et elle peut suivre une variété de séminaires. Dans le Centre où elle est rattachée, elle a des échanges très riches avec les étudiants et les chercheurs. A l’issue de sa thèse, sans perspective professionnelle en France, elle émigre au Canada. Elle n'a pas regretté ce choix car elle y a rencontré son futur mari et elle est aujourd'hui mère de deux enfants. Professeure auprès des fonctionnaires du gouvernement fédéral du Canada, elle suit la vie politique et culturelle en France, est active dans une association culturelle africaine et téléphone deux fois par semaine à sa mère au Sénégal. Pour elle, l’École a contribué à enrichir grandement ses façons de penser et d’agir.

De la quête du savoir aux stratégies d’insertion professionnelle. Parcours d’émigration des étudiants et cadres sénégalais en France, aux États-Unis et au Québec. Thèse 2005, sous la direction d’André Grelon

 

 

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(Photo personnelle)

  Lucia Dragomir

 

« Une expérience extraordinaire »

 

 

 

Après des études de lettres à l’Université de Bucarest, Lucia Dragomir devient professeure de français dans un lycée à Costanza où l’un de ses collègues l’informe de l’existence d’une Ecole doctorale en sciences sociales à Bucarest, sous la tutelle de l’EHESS et de l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF). Formée pendant une année dans ce cadre, elle vient ensuite faire son DEA puis un doctorat à l’EHESS où elle trouve « toute la liberté nécessaire pour l’élaboration de sa thèse ». Pour elle, « le contact avec d’autres étudiants, venant du monde entier a été particulièrement enrichissant », elle en a gardé « des amitiés pour la vie ». Toutefois, la fascination pour la France s’est heurtée à une réalité plus brutale, car, dit-elle, « j’ai été étonnée de sentir autant de tensions au sein de la société française, une telle aliénation, une hyper-bureaucratisation, un rapport aussi difficile aux étrangers ». De retour en Roumanie, élue maîtresse de conférences à la Faculté des langues et littératures étrangères de l’Université de Bucarest, elle ne parvient pas à faire éditer l’ouvrage issu de sa thèse, pourtant publié en France, chez Belin, car « démythifier ces demi-dieux que sont les écrivains par une analyse sociologique » y reste encore impensable.

2005, Thèse, Une institution littéraire entre exigences artistiques et commande politique. L’Union des Ecrivains de Roumanie à l’époque communiste, sous la direction d’Anne-Marie Thiesse

 

 

L Varela mai 2015 1

(Photo personnelle)

  Lia Varela

 

« Construire et légitimer un discours scientifique et politique »

 

Responsable du Département Langues au Ministère de l’Education Nationale à Buenos Aires, conseillère pour les questions de politique linguistique, professeure à la Universidad Nacional de Tres de Febrero, Lia Varela a créé un master en Gestion des langues et donne des séminaires sur la théorie et l’analyse des politiques linguistiques. Elle tient d’ailleurs à mener ensemble enseignement, recherche et politique sur ces questions. A la fin de sa formation initiale en traduction et en linguistique à l’Université de Buenos Aires, elle rencontre Sophie Fisher, venue assurer des séminaires. S’en suivent de longues conversations en Argentine et en France, et aussi, après un passage à l’Université de Provence où Lia Varela soutient un DEA puis un DESS de Coopération linguistique et éducative, la décision de venir à l’école. Tout en y préparant sa thèse, elle travaille comme consultante pour des organismes internationaux. Lors de sa dernière année, elle se consacre complètement à son élaboration. Des entretiens « d’une grande intensité » avec son directeur de thèse lui permettent de retrouver « le professeur, le scientifique et l’humaniste, mais également l’homme politique », synthèse dans laquelle elle se reconnaît pleinement. Elle a aussi trouvé un lieu où « mettre en œuvre la pensée complexe sans se soucier d’inscriptions disciplinaires ».

2006, Thèse, « La politique linguistique extérieure de la France et ses effets en Argentine : contribution à une théorie de la politique linguistique », sous la direction de Pierre Encrevé

 

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2015.05 Alumnae. Martina Di Sarli (6)web   Martina Di Sarli

 

« Le master, ce fut une belle étape »

 

Après des études de médecine générale à Paris VI et à Paris V, Martina Di Sarli « voulait faire des études liées à la santé », et s’inscrit dans le master Erasmus Mundus à l’EHESS. Après son internat, passer de « l’ambiance des salles de garde » à « un lieu d’érudition » fut un réel soulagement. Décalage aussi entre la médecine où « l’on apprend par cœur » et le master où « se posent de vraies questions ». De ses deux années à l’Ecole, elle garde le souvenir d’un « milieu très international, avec des gens aux professions diverses, un univers fascinant qu’elle ne connaissait pas du tout ». Spécialiste en addictologie, elle convoque dans sa pratique quotidienne moins les enseignements de ce master qu’une ferme position pour appréhender dans sa globalité « la personne avec son état physique et psychique ». Elle évoque la sociologie « comme un espace de résistance au phénomène de mondialisation  « admire beaucoup les chercheurs », et s’emploie constamment à « réfléchir autrement ». Martina Di Sarli garde un lien amical avec une docteure en sciences sociales, ce qui lui permet de confronter sa pratique quotidienne concernant notamment l’hépatite C, à la théorie.

2009, master «La prescription de psychotropes en soins primaires à Barcelone. Etude descriptive» sous la direction de Richard Rechtman

 

2015.05 Alumnae Khadija Azougach (13)Khadija Azougach

 

« Le droit sans la sociologie et l’anthropologie, ce n’est rien. »

 

Titulaire d’un DEA en droit international de la Sorbonne, et d’un DEA en anthropologie à l’EHESS pour mieux « comprendre d’où est issu le droit, et dans quelles sociétés il a été conçu », Khadija Azougach soutient une thèse à Paris 1, préparée à l’Ecole, et publiée sous le titre Les droits fondamentaux face à la pauvreté : l’exemple de la santé. Enseignante à Paris 13 et avocate, elle défend les femmes victimes de violence dans le cadre du planning familial et au sein de plusieurs ONGs internationales. Son mémoire de DEA lui a valu d’être appelée à la Cour de justice de Namur « en tant qu’experte des crimes d’honneur ». Elle souligne les fondements patriarcaux du droit, « le bon père de famille », et le monopole masculin « dans les grands cabinets » où tout est fait pour « vous priver d’une vie de famille », en sorte qu’elle préfère offrir ses services autrement, et soutient l’association de femmes avocates « Mômes à la barre », créée pour faire évoluer un milieu rétif à prendre en compte les contraintes familiales assignées aux femmes dans l’exercice de leur profession. Khadija Azougach se félicite également de la place plus importante donnée au droit à l’EHESS.

2009, DEA «Les crimes d’honneur d’un point de vue comparé» sous la direction de Edouard Conte et Pierre Bonte

 

2015.03 Alumnae Amo Kae 5  Kae Amo

 

« Entre le Japon, l’Afrique, et la France. »

 

Kae Amo vit et se « construit » entre trois cultures et trois mondes universitaires très différents : Japon, Sénégal, France, dans lesquels elle se sent aujourd’hui « à l’aise ». à l’université au Japon, la coopération avec le Sénégal était développée ; lorsqu’un chercheur spécialiste de l’islam lui a conseillé de s’intéresser à l’Afrique musulmane, elle n’a pas hésité à partir à Dakar. Au Sénégal, devenu sa « seconde maison », elle a mené plusieurs enquêtes dans les universités et les institutions islamiques, appris à communiquer avec des « gens très différents », préparé une maîtrise de sociologie, puis est retournée au Japon. Venue ensuite à Paris, et à l’EHESS, sur le conseil de plusieurs personnes, elle a été frappée par les « personnels magnifiques » du Centre d’études africaines, par la possibilité de définir elle-même les thèmes de recherche, tout en ayant des séminaires, un soutien et de l’encadrement assurés par ses directeurs de master puis de thèse, Fabienne Samson et Jean-Pierre Dozon. Depuis trois ans, Kae Amo est chargée de mission à la Fondation France-Japon, pour l’organisation de conférences, d’événements, la collaboration à l’édition d’une Lettre, tout en étant active dans le Réseau des jeunes chercheurs en études africaines, et en préparant sa thèse.

2009, Master « Les religieux à l’université : le mouvement politico-religieux à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar » sous la direction de Fabienne Samson

 

2015.04 Alumnae Anne-Clare Roux (3)  Anne-Claire Roux

 

« Ce qui m’a aidée, c’est mon sujet de mémoire. »

 

Etudiante à la Sorbonne et à l’INALCO, Anne-Claire Roux saisit l’opportunité offerte par la création d’un parcours de spécialisation du master Sciences sociales sur le « Mondes russe ». De son passage à l’Ecole, elle garde le souvenir de « séminaires en petits groupes dans de petites salles vétustes », « de liberté plus grande d’avancer à son rythme, mais d’être moins encadrée ». Elle en conserve d’ailleurs « une toute petite brochure, gardée comme souvenir ».

Sa formation à l’EHESS, dont elle regrette l’absence de préparation professionnelle, « lui a été utile », puisqu’elle est actuellement responsable des relations avec la Russie et la CEI, et responsable du financement du développement durable, au sein d’une association, Paris EUROPLACE, représentant la place financière de Paris et comprenant « les membres du CAC 40, les banques, les investisseurs, les compagnies d’assurance ». Anne-Claire Roux prépare pour cette année à l’UNESCO la conférence de l’ONU sur le climat, « comme quoi », dit-elle, « un sujet de recherche qui peut paraître très fermé », mais qui est « d’actualité », « peut malgré tout déboucher sur quelque chose d’un peu plus concret ». Parfois, on lui dit : « ah ! tu as fait l’EHESS. »

2010, Master « Le débat autour de la préparation des jeux olympiques d’hiver de Sotchi 2014 : environnement et politique en Russie aujourd’hui» sous la direction d’Alain Blum et de Marie-Hélène Mandrillon

 

2015.06 Alumnae Denise Vernerey (8)  Denise Vernerey

 

« Transmettre l’art de cime en cime »

 

Enseignante d’allemand en lycée, Denise Vernerey rencontre son futur mari, étudiant en chirurgie dentaire : une fois son mari diplômé, elle pourra reprendre des études. Cependant, la famille s’agrandit avec trois enfants. Elle patiente mais ne renonce pas. Elle revient alors vers sa passion d’enfance, découverte avec son grand-père, artiste peintre : l’art. A l’Ecole du Louvre, repérée pour ses qualités, elle assure les travaux dirigés, puis recrutée comme chargée de recherche, elle réalise la première banque interactive en milieu muséal. Elle fonde ensuite une société d’édition artistique et monte une collection de CD Rom sur les monuments d’Europe. L’aventure éditoriale durera dix ans. Voulant poursuivre dans ce domaine, elle s’inscrit en thèse avec Michael Werner en étudiant trois peintres allemands contemporains. Elle découvre avec enthousiasme les méthodes de recherche interdisciplinaires et les échanges en séminaire. A l’issue de sa thèse, désormais chercheuse associée dans son labo, elle monte un programme franco-allemand mêlant chercheurs et doctorants. Elle est au Conseil scientifique de l’exposition qui se tiendra à Paris sur Otto Freundlich en 2016. Par ailleurs, elle milite à Action contre la faim, lance une association d’aide aux enfants burkinabés et participe aux travaux de restitution des biens juifs confisqués. L’Ecole est pour elle une référence précieuse.

Thèse, 2012. Regards de l'est sur l'abstraction. Otto Freundlich, Etienne Béothy, Jean Leppien, sous la direction de Michaël Werner

 

Léa Le Quéau

(Photo personnelle)

  Léa Le Quéau

 

« Ne jamais perdre de vue l’apport des sciences humaines. »

 Après des études diversifiées (première année d’école d’ingénieur à Lyon, classe préparatoire de Lettres et sciences sociales à Nantes, magistère d’économie à Paris I), Léa Le Quéau choisit de préparer le master 2 de Politiques Publiques et Développement à l’Ecole d’économie de Paris, au campus Jourdan, un lieu « chargé de culture » qui « bouillonnait de curiosité intellectuelle ». Elle entre ainsi dans une filière, à ses yeux, sans doute « une des plus scientifiques de l’Ecole », et y a toujours senti « une vraie démarche de pluridisciplinarité, incarnée dans les disciplines enseignées, le contenu des cours et les débouchés choisis par les élèves ».

Admise également au concours de rédacteur à la Banque de France, elle y occupe durant deux ans un poste à la direction des études de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution. Une « opportunité professionnelle exceptionnelle » lui est ensuite proposée : participer à la mise en place d’une nouvelle institution, le Mécanisme de surveillance unique à la Banque centrale européenne à Francfort. Si Léa Le Quéau accepte ce défi, et obtient un poste opérationnel d’analyste en supervision d’établissements bancaires, elle sait aussi qu’un jour elle pourra intégrer les services de recherche en macro économie et en politique publique à la BDF ou à la BCE.

2012, Master, Les marchés du travail européens face à la crise économique – étude sur micro-données – Irlande, Portugal, Açores, Madère, sous la direction de Philippe Askenazy

 

 

2015.06 Alumnae Sophie Chevalier (6)  Sophie Chevalier

 

«Mes intérêts familiers sont devenus anthropologiques. »

 

Titulaire de deux masters en droit et en anthropologie, Sophie Chevalier soutient son doctorat en 1992 à l’université Paris X-Nanterre, fait un post doctorat à l’université de Cambridge, puis est élue maîtresse de conférences à l’université de Franche-Comté. Elle soutient son HDR à l’EHESS, et souligne « qu’elle a aimé cet exercice réflexif sur son travail de recherche et son itinéraire », puis elle devient professeure à l’université de Picardie Jules Verne.

Pour elle, l’Ecole est « le lieu des historiens et des anthropologues, notamment ceux du proche et du familier » et c’est boulevard Raspail qu’elle continue à participer et organise des réunions éditoriales, des colloques et des séminaires. L’EHESS, une institution où «  tout chercheur qui a trois idées peut organiser un séminaire, s’inscrit en opposition avec la logique comptable qui prévaut aujourd’hui dans le supérieur ».  « C'est réjouissant qu’un tel endroit existe encore ! »

A la cafétéria du 54, se souvient-elle, "comme étudiante, on pouvait observer les auteurs dont nous avions lu les ouvrages et plus tard, rencontrer des collègues surtout étrangers; de ce point de vue le déménagement a été catastrophique ». Elle précise que « l’Ecole a joué et continue à jouer un rôle central dans sa sociabilité professionnelle ».

2014, HDR, « Pour une anthropologie politique des pratiques économiques », avec comme garant

Jean-François Gossiaux.

 

2015.05 Alumnae- Stéphanie Barral (11)  Stéphanie Barral

 

«  Je me sens fidèle à mes aspirations »

 

Après deux années à l’Ecole d’agronomie de Montpellier, Stéphanie Barral « ne s’y sent pas à sa place », et prend une année sabbatique pour réaliser un documentaire sur la Mongolie, puis revient passer son diplôme d’ingénieur, déterminée à se former aux sciences sociales à l’université Paul Valéry de Montpellier. Une allocation de recherche du Cirad lui permet la codirection de son doctorat avec l’EHESS, « le lieu le plus prestigieux pour faire de la sociologie ». Pendant les quatorze mois d’un terrain difficile en Indonésie, lors d’un comité de thèse à Djakarta, elle réoriente son sujet sur le changement social dans les villages pour une sociologie du capitalisme agraire. Après la soutenance de sa thèse, distinguée par le prix de l’Académie d’Agriculture, elle dit « avoir trouvé sa voie », commence un post-doctorat et se présente au concours de l’INRA qu’elle réussit. Pour elle, « l’EHESS c’est l’érudition, l’ouverture d’esprit, la liberté de choix », et « le poinçon de l’Ecole sur la thèse, ça impressionne ». « La recherche me passionne », ajoute-t-elle, très heureuse de découvrir à l’INRA un autre registre de la sociologie, et « un travail où le collectif est très présent ». « Epanouie », précise-t-elle, « je suis les choses qui m’appellent malgré les contraintes, de façon assez instinctive ».

2014, Thèse « Le nouvel esprit du capitalisme agraire. Les formes de l’autonomie ouvrière dans les plantations de palmiers à huile en Indonésie », sous la direction de Serge Paugam et de Robin Bourgeois.

 

2015.02 Alumnae Solenn Carof 16  Solenn Carof

 

«L’Ecole : un lieu de sociabilités »

 

Titulaire d’un master en philosophie, d’un master en sciences politiques de l’IEP de Lille, d’un master en sociologie de l’EHESS, Solenn Carof, forte de cette formation interdisciplinaire, s’inscrit en doctorat qu’elle soutient le 5 janvier 2015, devenant ainsi la première docteure de l’année. Allocataire de recherche de l’Institut Emilie du Châtelet, elle a également été ATER à l’Université du Havre, et envisage une carrière d’enseignante-chercheure. Elle souligne la différence de formation entre Sciences Po et l’EHESS où dit-elle « le travail est plus libre, avec moins de cadres préconçus ». Elle continue de fréquenter assidument la bibliothèque du « France », et un « cercle d’ami-e-s qui finissent leur thèse », au sein duquel elle a rencontré son compagnon, lui-même doctorant.

Pendant son doctorat, et stimulée par des questions suscitées par son sujet de thèse, Solenn Carof s’engage dans une association féministe pour soutenir les femmes immigrées dans leurs démarches administratives, et milite à Europe Ecologie Les Verts, notamment sur les questions des dimensions sociales de l’alimentation, de la biodiversité alimentaire, des OGMs, dans une optique comparative. Docteure, elle se situe dans ce moment où se joue la concurrence pour les postes d’enseignants/chercheurs, avec comme ressource, dit-elle, « une Ecole interdisciplinaire très reconnue ».

2015, Thèse « Le « surpoids », un stigmate acceptable ? Représentations, discriminations et réappropriations des rondeurs féminines en France, en Allemagne et en Angleterre », sous la direction de Claude Fischler

 

mathilde_EHESS

(Photo personnelle)

  Mathilde Forissier de Soos

 

« Interrompue dans son envol »

 

 

Titulaire d’un master en droit des affaires, Mathilde Forissier de Soos obtient un master en journalisme international à Londres, puis vient à l’EHESS pour une année de recherche. Son mémoire sur Chris Marker la conforte dans le fait que le cinéma est un métier d’engagement et de conviction. Elle décide alors de changer de voie  professionnelle pour devenir monteuse, et réalise trois courts métrages dont l’un a été sélectionné à Cannes dans le cadre du Short Film Corner. Elle apprend la technique directement auprès de monteurs, et devient assistante monteuse du film d’érick Zonca, Soldat blanc. Elle participe à la réalisation d’un documentaire pour Canal Plus sur le sexisme en politique de Charlotte Rotman, et à celle d’un documentaire de Bertrand Tavernier ; elle réalise aussi la maquette de la brochure  « Où sont les femmes ? », de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques.

Arrivée au Népal, la veille du tremblement de terre du 25 avril 2015, avec Pierre-Vladimir Lobadowsky, son compagnon, chargé de mission auprès de la Ministre de la culture et de la communication, lui aussi titulaire d’un master de l’EHESS, ils trouvent tous deux la mort dans l'effondrement d’un temple sur la place de Basantapur Durpar de Katmandou. Ils sont et seront présents dans nos mémoires.

2013, Master, "Le rôle du montage dans l’œuvre de Chris Marker", sous la direction de Jean-Paul Colleyn.

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