Exposition « 40 femmes diplômées de l’EHESS »

L'exposition née du projet porté par EHESS alumni dans le cadre du 40e anniversaire de l'École, connaît un joli succès auprès de ses visiteurs. Après son inauguration à Paris, sa présentation à l’EHESS au à Marseille, elle est de retour à Paris dans le grand escalier du 105 boulevard Raspail.

Elle est constituée de portraits de quarante femmes, alumni de l’EHESS, qui témoignent de l’importance de leur passage à l’EHESS dans leur formation et leur parcours professionnels respectifs.

Les femmes, et leurs présences dans l’histoire de l’Ecole. C’est à cela qu’entend répondre partiellement cette exposition, puisque seules 40 diplômées travaillant hors du périmètre de l’EHESS en sont quelques unes des figures. Elles sont écrivaines, avocates, responsables politiques, médecins, consultantes, journalistes, intermittentes du spectacle, professionnelles des métiers de l’entreprise et de la banque, critique d'art, expertes dans la haute fonction publique, universitaires et chercheuses ou désirant intégrer cet univers. Célèbres, ou en passe de le devenir, d’autres à bas bruit encore, ces 40 femmes ont accepté entretiens et photographies, et revisité leurs souvenirs ou leur actualité pour restituer le contexte d’alors et de maintenant. Parmi elles, certaines voix se sont désormais tues, en raison de l’âge ou de funestes raisons, mais elles nous parlent encore. La première diplômée et le dernier portrait dialoguent ainsi à travers la longue chaîne que tissent les autres, de 1952 à 2015.

De génération en génération, visages, portraits et paroles disent ce qu’être diplômée de l’Ecole veut dire. Diverses choses, certes, selon la chronologie, le type de diplôme, le parcours professionnel ultérieur. Ces femmes aux trajectoires diversifiées dessinent un large spectre professionnel, au gré des opportunités, des goûts, des réseaux, des dispositions et des inclinations. A cet égard, l’EHESS peut s’enorgueillir à juste titre d’avoir participé à la formation de carrières contrastées.

Au-delà de précieuses singularités, se dessinent de remarquables constantes. Des lieux qui reviennent en mémoire, parmi lesquels la bibliothèque et la cafétéria du 54 boulevard Raspail tiennent une place de choix. Des auteurs sur papier habitaient soudainement un visage, une sociabilité s’instaurait autour d’un café, et des rencontres improbables se faisaient éphémères ou durables. Les salles de séminaires, petites, sombres et dispersées dans tout Paris cristallisent des évocations furtives ou détaillées, et la rue de Tournon n’est pas en reste. De vives émotions à l’évocation de la directrice ou du directeur de thèse, de master ou de mémoire : un lien continue de se tisser comme un fil rouge orientant une trajectoire, et fréquemment l’Ecole se résume au nom de ces enseignant-e-s. Des séminaires où une voix résonne encore, qui déroulait une recherche en train de se faire, et le bonheur d’y débattre. La peur et la fierté de compter parmi les étudiant-e-s, incité-e-s à se porter à un niveau intellectuel exigeant mais angoissant. Et l’attestation du diplôme, quelquefois encadrée et accrochée au mur d’un bureau, véritable laisser-passer vers les possibles d’une vie entrevue, par quoi la légitimité et la confiance en soi sont désormais en bonne voie, voire acquises. Des étudiants « étrangers » qui forment une polyphonie active, politisée, bigarrée, renvoyés souvent à un entre soi de solidarités intellectuelles et matérielles. Les secrétaires successives des centres, des formations doctorales et du service de la scolarité qui prodiguaient informations et réconfort. Des distinctions frontales entre cours et séminaires, entre les universités et l’Ecole, entre le système d’enseignement français et ceux à l’œuvre dans d’autres pays, demandant bifurcations et adaptations.

Mais aussi, image inversée, des regrets et des interrogations. La distance sociale mise entre enseignant-e-s et étudiant-e-s ; la solitude intellectuelle et sociale pendant les années de thèse ; le primat de la recherche sur l’enseignement qui constitue la direction de thèse en tâche annexe ; les controverses parfois trop académiques qui éloignent un public potentiel, désireux de se former sans pour autant se professionnaliser dans l’univers des sciences sociales ; l’élitisme tenu pour acquis et non reconsidéré. Les interrogations concernent l’ampleur grandissante de l’Ecole, l’inflation des séminaires, son futur déménagement, son avenir dans le jeu des cooptations entre institutions, son internationalisation. Dès lors, certaines regrettent une échelle plus petite, une intimité sociale perdue, un penchant plus bureaucratique, la perte de quelque chose comme « une âme ». Toutes, cependant, décrivent leur formation à l’Ecole en termes de moment heureux et stimulant. Elles sont là ces « 40 », ensemble et séparées, à regarder, à déchiffrer, à comprendre.

Exposition réalisée par EHESS Alumni

Groupe de travail :

Corinne M. Belliard, Laurent Dappe, André Grelon, Rose-Marie Lagrave, Abou Ndiaye, Monique de Saint Martin

Catégories : 40 ans, Accueil